Molière et son temps
Correction


I/ Le contexte politique et social

  1. les caractéristiques du règne de Louis XIV
Le règne personnel de Louis XIV (1661-1715) marque l’apogée de la monarchie absolue de droit divin. Affirmant son autorité sans partage, le roi se veut aussi protecteur des arts et des lettres : il exerce son mécénat par le biais de pensions ou de commandes, crée des académies et initie de grands travaux prestigieux tels le château de Versailles.

  1. Trois ordres inégaux ( la peinture sociale dans Dom Juan)
La société d’Ancien Régime est hiérarchisée en trois ordres inégaux : le clergé et la noblesse (5% de la population) jouissent de privilèges contrairement au tiers Etat qui regroupe de façon très hétérogène l’immense majorité des Français (bourgeoisie et peuple). Ecartée du pouvoir ou assujettie par Louis XIV, la noblesse traditionnelle se sent déchue et désœuvrée alors que la grande bourgeoisie entame une ascension qui ira croissant.

Observez comment se reflète cette hiérarchisation dans Dom Juan

2. 1 La Noblesse
Le personnage de Dom Juan, chez Molière, incarne parfaitement cette noblesse décadente, à laquelle s’ajoute la dépravation. Son oisiveté est évidente autant que sa désinvolture et son ironie. Son costume outrancier est celui du grand seigneur. Son comportement envers la bourgeoisie, représentée par M. Dimanche, et avec son serviteur, montre comment il sait user de tous les privilèges de sa classe. Pourtant, face à lui, Molière met en scène d’autres gentilshommes qui incarnent encore des valeurs morales telles qu’honneur et vertu, auxquelles la noblesse était attachée. C’est notamment le cas des deux frères d’Elvire, et surtout du père de Don Juan. Le personnage du père de Don Juan est d’ailleurs important dans la plupart des pièces françaises, justement pour incarner l’ancienne noblesse, celle qui servait son monarque et qui imposait un certain respect. C’est ainsi que Dom Louis, dans le Dom Juan de Molière, le rappelle à son fils (acte IV, scène 4) :

(…) Et qu’avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme ? Croyez-vous qu’il suffise d’en porter le nom et les armes, et que ce soit une gloire d’être sorti d’un sang noble lorsque nous vivons en infâme ?

(…) Apprenez enfin qu’un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature, que la vertu est le premier titre de noblesse (…)

Par ailleurs, si le Dom Juan de Molière garde de sa noblesse quelques traits caractéristiques, notamment en restant brave quand il le faut et en tirant l’épée pour sauver une vie (acte III, scène 3), il ne croit plus à ces valeurs qui fondaient son origine et son identité. Il fait, au contraire, de sa noblesse, l’instrument de ses vices. En réalité le comportement de Dom Juan préfigure, en France, la fin d’une classe sociale, condamnée par l’histoire.

2.2 Les paysans
Dans Dom Juan, Molière laisse s’exprimer dans leur patois des paysans de l’Île de France qui occupent les trois premières scènes de l’acte II.Le fait de donner à cette catégorie de la population un rôle aussi important est assez rare dans le théâtre du XVIIe. Le paysan y est, certes, souvent mis en scène, mais on lui laisse une toute petite place alors qu’il en tient une si grande dans la vie de la nation. De plus, il apparaît toujours comme un homme simple, crédule, à la limite du benêt et qui se laisse berner par les seigneurs.D’une certaine manière Molière reste dans la tradition du paysan manipulé par le seigneur, mais il l’exagère et la détourne. Si Dom Juan use de sa supériorité sur Pierrot, il y perd ainsi sa dignité, et la scène où il bat le paysan qui lui a sauvé la vie, appelle indirectement le spectateur à la compassion même lorsque le comique garde le dessus. (acte II, scène 3) Bien avant les philosophes du siècle des Lumières et en utilisant le procédé comique, Molière est un des premiers à souligner les inégalités sociales de son temps. D’autant que le fossé qui sépare alors les classes sociales est immense. Les paysans, qui représentent les neuf dixièmes de la population française et qui en sont ses nourriciers, sont durement imposés par le fisc et la gabelle et subissent des persécutions ainsi que des famines épouvantables.

2.3La bourgeoisie
Le grand événement de la vie sociale sous le règne de Louis XIV est la fulgurante ascension de la bourgeoisie. De méprisée, elle devient considérée, même si ce changement n’est pas du goût de tout le monde. Il est vrai qu’en voulant écarter les nobles du pouvoir, Louis XIV réserve les affaires aux bourgeois et leur donne le monopole du commerce et de l’économie. De plus, il s’entoure principalement de grands bourgeois que ce soit dans les lettres et les arts, ou la magistrature et la haute administration. Son ministre le plus influent, Colbert, fait également partie de la bourgeoisie, et en est le grand protecteur.
Molière est lui-même un bourgeois et se moque souvent de cette catégorie sociale, en pleine ascension, qui n’a pas encore pris toute la mesure de son nouveau statut. Il en montre ses faiblesses lorsqu’elle cherche à singer l’aristocrate (cf Le Bourgeois Gentilhomme) tout autant que ses difficultés à s’imposer face aux nobles. Mais il en profite aussi pour rappeler dans son Dom Juan que les bourgeois sont véritablement devenus les créanciers des seigneurs comme l’est M. Dimanche. (acte IV, scène 2) : L’accueil fait par Dom Juan à son prêteur est traité de manière comique dans la scène suivante. Molière y présente le déséquilibre entre Dom Juan, noble roué aux discours et pétri de ses privilèges passés,et M. Dimanche, riche bourgeois qui prête à la noblesse, mais ne peut s’empêcher de l’admirer et de s’en croire encore le débiteur social. Derrière sa cocasserie, cette scène n’est que le miroir exact de la réalité. Pendant tout le règne de Louis XIV, la noblesse ne cesse en effet de faire des dettes et considère comme inconvenant de les acquitter. Les gentilshommes empruntent sans intention de rembourser et cette habitude se maintient même jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.La patience de M. Dimanche n’est cependant pas une généralité. Même s’il est flatteur, pour les petits bourgeois, d’être les créanciers de gentilshommes proches du roi, les procédures judiciaires finissent par être mises en place avec saisies et hypothèques sur les biens. Cette situation n’est pas sans avantage pour Louis XIV qui propose aux gentilshommes de venir à Versailles où leurs maisons ne peuvent être ni vendues, ni saisies par voie de justice. Le roi peuple ainsi sa ville et crée une Cour sous haute surveillance.

  1. Les conflits religieux au XVIIe siècle

Cf la compagnie du saint sacrement et la Contre-Réforme catholique
Qu’est-ce qu’un dévot ?
Savoir évoquer la persécution des jansénistes, la lutte contre les libertins et la révocation de l’édit de Nantes, en 1685 .
Quelques mots sur la compagnie du Saint Sacrement : Fondée en 1627, cette organisation secrète joue un rôle actif dans le combat mené par la Contre-Réforme catholique, elle regroupe des membres de l’aristocratie (dont le prince de Conti, ancien libertin protecteur de Molière mais brutalement converti), de la bourgeoisie et du clergé qui se donnent pour mission de lutter contre les hérétiques, les libertins et les réformés tout en menant des actions de bienséance. Pour régenter les mœurs, les membres de la Compagnie du Saint Sacrement n’hésitent pas à s’immiscer dansla sphère privée et familiale, exerçant une influence occulte qui inquiète le pouvoir monarchique. Les dévots vrais ou faux mènent également une cabale contre le théâtre qu’ils jugent immoral, et se déchaînent tout particulièrement contre Molière : en 1662, ils attaquent l’Ecole des femmes, taxée d’impiété et d’obscénité, et récidivent de façon encore plus virulente contre le Tartuffe, en 1664.

Savoir résumer ces deux pièces est indispensable !!!


  1. L’idéal de l’honnête homme
L’idéal moral de l’ « honnête homme » correspond à l’esthétique du classicisme : l’expression désigne un homme cultivé et raffiné, d’origine noble, qui cultive l’art de plaire en société et veille à respecter un idéal de juste mesure, de pudeur et de réserve. Cet idéal humain prolonge celui de l’humaniste. Il préfigure le philosophe des Lumières.
Dom Juan en est la provocante antithèse.



II/ Le théâtre au XVIIe siècle

  1. Les caractéristiques du baroque et du classicisme

« On dit : ordre, mesure, raison, règle, et c’est le classicisme. On dira donc : désordre, outrance, fantaisie, liberté, et ce sera le baroque. Cosmos et chaos ; équilibre et jaillissement vital. C’est vrai et c’est faux. » écrit Jean Rousset dans La Littérature de l’âge baroque en France.

1.1. Le baroque

1.1.1. Contexte
A la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, on observe en Europe une convergence de caractéristiques esthétiques auxquelles on a donné le nom de baroque. On appelle l’âge baroque, la période qui assure la transition entre la Renaissance et le classicisme soit, en gros de 1580 à 1660. La préciosité en constitue un aspect social et linguistique particulier.
Le baroque constitue une esthétique fondée sur l’imagination, la sensibilité, l’outrance et le désordre. L’adjectif baroque apparaît en 1531 pour traduire le portugais barroco, mot qui désigne une perle de forme irrégulière.
Le baroque se développe dans un contexte caractérisé par l’instabilité. (Sur le plan religieux, rappelons que l’Edit de Nantes (1598) n’a pas mis fin aux antagonismes entre protestants et catholiques, le libertinage se répand, les croyances sont remises en question. Sur le plan politique, l’alternance des règnes et des régences favorise les oppositions et les complots. Ex : Henri IV est assassiné en 1610, vient ensuite la régence de Marie de Médecis (1610-1617) puis le règne de Louis XII (1617-1643) et la régence d’Anne d’Autriche. De 1648 à 1652, La Fronde est un mouvement d’opposition à la monarchie.)
Cette période agitée par divers ferments d’instabilité produit « une littérature de temps de crise», une littérature du doute, de la désillusion

1.1.2. Les caractéristiques
A la différence du classicisme, le baroque n’a pas suscité de véritable texte théorique permettant d’en définir clairement les orientations. Nous allons donc dégager des tendances récurrentes, des caractères significatifs.
Nous retiendrons trois caractéristiques essentielles du baroque : la métamorphose, l’illusion, l’ostentation.
- la métamorphose : l’instabilité générale conduit à privilégier le motif du changement, de la transformation. L’univers est présenté en mouvement, l’être humain est saisi dans son inconstance et sa diversité. (« Je ne peins pas l’être, je peins le passage. » Montaigne )
- L’illusion : Si l’époque aime le théâtre, c’est parce que s’y déploie les mirages du faux-semblant, du trompe l’œil, du déguisement, de la feinte. La réalité devient impalpable. « La vie est un songe » Calderon
- L’ostentation : le goût du monumental, la volonté d’impressionner, l’importance des superpositions décoratives. En littérature, cette tendance appelle une rhétorique de l’outrance reposant sur des figures comme l’antithèse, hyperboles, oxymores, accumulations, sur une surcharge lexicale et métaphorique, sur la périphrase. Cette profusion renvoie pour Jean Rousset (spécialiste du baroque) à la figure du paon.

De ces trois caractéristiques découlent certains thèmes récurrents.

-Le thème de la nature : Très présente dans les œuvres baroques, elle devient la preuve de l’instabilité du monde à travers le motif de l’eau qui coule, de la nuée qui fuit, du vent qui souffle (scène de la plage dans Dom Juan)
- le bizarre : Le baroque aime à surprendre, à choquer, à déstabiliser en inventant des personnages extravagants ou burlesques, en imaginant des héros glorieux, passionnés, révoltés même. De la même façon et dans un souci de paradoxe, on réhabilite des objets vils ou méprisables, on fait l’éloge d’ « un beau cadavre » (éloge paradoxal sur le tabac dans Dom Juan)
- La mort : La vision tragique du monde conduit les artistes baroques, et notamment les poètes, à se complaire dans une aspiration macabre, bien assortie à la conviction de l’éphémérité de la vie. Cf le poète Jean de Sponde avec ses Stances sur la mort.
- le paraître : la littérature baroque cultive l’éclat, la brillance en aimant peindre des sujets élevés et éblouissants : le soleil, les mirages de l’eau, les feux d’artifices…elle proclame la victoire de l’imagination et du merveilleux. Elle affectionne les récits compliqués, les effets de théâtre dans le théâtre.


Retenez le nom d’un auteur et d’une œuvre par genre représentatif du baroque.
Au théâtre : L’Illusion Comique de Corneille
D’autres pièces de Molière sont représentatives du baroque (comédies-ballets et ses pièces à machines) comme Les Plaisirs de l’île enchantée ou La Princesse d’Elide.
A l’étranger deux grands noms à retenir qui exploitent brillamment les ressources du baroque : Shakespeare avec Hamlet et Calderon avec La vie est un songe.
Le roman : L’Astrée d’Honoré d’Urfé, Le roman comique de Scarron, Clélie avec Madeleine de Scudéry.
En poésie : Une production baroque considérable
4 formes poétiques dominent : l’épopée, la poésie religieuse, la satire et enfin la poésie lyrique. (Retenez Agrippa d’Aubigné avec Les Tragiques (1616) ; Jean de Sponde avec Poèmes chrétiens (1588) ; Théophile de Viau, Pierre de Marbeuf.

L’apport du courant baroque en littérature est assez réduit. En revanche grande influence sur les autres arts (architecture, peinture, musique)

Opposition baroque/ Classicisme
On oppose souvent baroque et classicisme mais évitez de construire et considérer l’histoire du XVIIe siècle sur un simple jeu d’antithèse. S’il est commode d’opposer dans une succession chronologique les deux courants, la vérité est bien plus complexe. D’abord parce que les créateurs se moquent bien des étiquettes, on trouve des œuvres à la fois baroque et classique comme Dom Juan. A nous de déceler des manifestations ici du baroque ou du Classicisme.
C’est peut-être avoir su concilier la liberté euphorique du baroque et la discipline raisonnée du Classicisme que le XVIIe siècle mérite d’être appelé « le Grand Siècle »

1.2. Le classicisme
Le mot classicisme désigne un ensemble de valeurs, une parenté d’inspiration et un idéal classique qui caractérisent les œuvres de la seconde moitié du XVIIe siècle, en relation avec le rayonnement de la monarchie absolue. Fondé sur la raison, attaché à la mesure, admirateur de l’Antiquité, e soucieux des codes précis, le classicisme s’incarne dans l’honnête homme.

On pourrait résumer l’ordre classique à trois exigences :
- Plaire et instruire : dans l’esprit des recommandations d’Aristote ou d’Horace, les théoriciens assignent à l’œuvre littéraire une fonction à la fois esthétique et morale. Le premier objectif plaire est souvent considéré comme prioritaire.
« La principale règle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première » Racine dans la préface de Bérénice

« Une morale nue apporte de l’ennui ;
Le conte fait passer le précepte avec lui.
En ces sortes de feintes il faut instruire et plaire,
Et conter pour conter me semble peu d’affaire. »

« Le Pâtre et le Lion », Fables, VI, 1

« On ne considère en France que ce qui plaît : c’est la grande règle, et pour ainsi dire la seule. » La Fontaine, Préface des Fables

Molière répète cette idée en rappelant toutefois que la comédie doit en outre corriger les mœurs.

- Suivre la nature
Là encore les inspirateurs sont les anciens, Aristote et sa théorie de la mimesis : tout art est imitation ou Horace avec son fameux précepte : ut pictura poesis, « la poésie est comme une peinture ». Ainsi l’art et donc la littérature doit imiter la nature. Attention à ne pas confondre avec le réalisme ! Elle consiste à respecter dans le style et dans les sujets une juste mesure conforme à la qualité suprême du naturel.
« Lorsque vous peignez les hommes, explique Molière dans la Critique de l’Ecole des femmes, il faut les peindre d’après nature. »

« Jamais de la nature, il ne faut s’écarter » Boileau, Art poétique

- Respecter le bon goût : en réunissant les qualités précédentes, le bon écrivain atteint cette grâce particulière, mélange de perfection et de naturel que le siècle appelle « goût » et que nous nommerions « bon goût ». Parlant de l’éloquence, Pascal reformule la règle, édictée par Horace, du Nihil nimis (« Rien de trop ») qui explique le miracle d’équilibre d’une œuvre réussie :

« Il faut se renfermer, le plus qu’il est possible, dans le simple naturel, ne pas faire grand ce qui est petit, ni petit ce qui est grand. Ce n’est pas assez qu’une chose soit belle, il faut qu’elle soit propre au sujet, qu’il n’y ait rien de trop ni rien de manque. » Pensées, Pascal

Boileau parle du sublime (ton ou discours élevé et en même temps simple, dépouillé, harmonieux contraire au langage des précieux), de la grâce.

Mots clés pour le baroque : instabilité, désordre, chaos, incertitude, menaces, fragilité, éphémère, doute constant, songe, rêve, apparence, illusion, métamorphose, inconstance, passage, fuite

Mots clés pour le classicisme : sobriété, ordre, mesure, imitation des modèles antiques, morale, honnête homme


  1. Le théâtre classique

Dans les années qui suivent la querelle du Cid, le théâtre est codifié par des théoriciens, en s’inspirant des œuvres antiques et de la Poétique d’Aristote (IVe siècle avant J.-C), ils édictent des règles qui seront peu ou prou suivies par les trois grands dramaturges classiques, Corneille (le plus rétif) , Racine (le plus respectueux), et Molière (qui plaida l’art d’accommoder ces contraintes).
La règle des trois unités (temps, lieu, action) est résumée par la formule célèbre de Boileau :
« Qu’en un lieu, qu’en un jour un seul fait accompli/ Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli » (L’Art poétique, 1674)
Les règles de bienséance sont de deux sortes : la bienséance dite « interne » impose que le comportement des personnages soit en rapport avec leur condition (un roi ne peut pas parler comme un valet) tandis que la bienséance externe bannit ce qui pourrait choquer la sensibilité et la morale du public (on ne peut parler sur scène des actes violents ni parler explicitement de réalités par trop matérielles ou corporelles)
Enfin la règle de vraisemblance définit une notion toute conventionnelle du « vraisemblable » qui ne se confond ni avec la réalité historique ni avec le possible.
Si ces règles ont surtout concerné la tragédie classique, elles ont aussi beaucoup influencé l’écriture des comédies. Ces deux grands genres du théâtre classique s’opposent sur le plan de l’intrigue, du dénouement, des personnages, des registres et des niveaux de langue.

  1. La vogue des pièces à machines

Nées en Italie et héritées du théâtre de la Renaissance, les machines théâtrales sont un ensemble de moyens mécaniques (fils, poulies, rails, contrepoids, etc) permettant des changements de décor et des effets spéciaux qui ravirent le public français des années 1650 à 1670. Ces jeux sur l’illusion théâtrale s’accordaient au goût contemporain du merveilleux et de l’insolite, à la représentation spectaculaire du surnaturel, à la volonté d’impressionner les sens qui caractérisent l’art de la Contre-Réforme (les jésuites montaient ce genre de pièces aussi féeriques qu’édifiantes dans leurs collèges)
Alors que les machines étaient jusque-là réservées à la tragédie lyrique, Molière est le premier
A les utiliser pour la comédie.

  1. Le statut des comédiens et les conditions de représentation théâtrales

Durant la première moitié du XVIIe siècle, les gens de théâtre jouissent d’une certaines considération sociale, favorisée par l’action de Louis XIII, dont la déclaration du 16 avril 1641 réhabilite les comédiens, puis du jeune Louis XIV, et d’une relative tolérance religieuse. Les auteurs et les troupes pensionnés par le roi ou soutenus par de riches protecteurs vivent dans l’aisance (c’est le cas de Molière, qui connut la richesse après un début de carrière difficile), contrairement aux petites compagnies itinérantes. Mais sous l’influence du parti dévot réapparaît la traditionnelle condamnation morale et religieuse des comédiens, accusés d’immoralité ou d’impiété. Les attaques contre Molière et l’expulsion des Comédiens-Italiens en 1694 manifestent cette hostilité contre le théâtre.
Les conditions de la représentation sont très éloignées de celles du théâtre d’aujourd’hui, public agité et bruyant (surtout celui qui occupe, debout, les places peu chères du parterre.), scène mal éclairée par des chandelles, et occupée sur les côtés par des spectateurs privilégiés.
Trois troupes se font une concurrence acharnée à Paris : celle des Grands Comédiens, située à l’hôtel de Bourgogne, joue surtout des tragédies ; la troupe du théâtre du Marais se spécialise quant à elle peu à peu dans le genre de la pièce à machines et la troupe de Molière bénéficiant du titre de « Troupe du Roi » en 1665 est installé au théâtre du Palais-Royal offrant 1500 places. Puis la troupe de Molière fusionnera avec celle du Marais puis celle de l’hôtel de Bourgogne pour former la Comédie-Française. En 1680, Louis XIV crée officiellement la Comédie-Française.


III/ Vie et œuvre de Molière

  1. Origines familiales et éducation de Molière

Né à Paris dans la riche bourgeoisie marchande, Jean-Baptiste Poquelin était destiné à reprendre la charge de son père, tapissier du roi, plutôt qu’à une carrière de comédien, qu’il choisit par passion en 1643, après avoir suivi des études de droit. Il a découvert le monde du théâtre grâce à la famille Béjart, dont l’une des filles, Madeleine, une comédienne devient sa maîtresse. En 1659, Molière récupérera la charge peu contraignante de tapissier du roi qu’il avait cédée à son frère cadet, mort cette année-là.

  1. Ses débuts au théâtre

Molière (pseudonyme adopté en 1664) fonde avec Madeleine Béjart la compagnie de l’Illustre-théâtre en 1643, qui endettée, doit bientôt quitter Paris. De 1643, à 1658, la troupe itinérante joue avec succès farces et tragédies à travers la province. Elle est protégée par le duc d’Epernon puis par le prince de Conti jusqu’à ce que celui-ci, entré dans la compagnie du Saint-Sacrement, devienne brusquement hostile à Molière.

  1. Le tournant en 1658

En 1658, la troupe rentre à Paris, obtient la protection de Monsieur, frère du roi, et fait rire ce dernier lors de la représentation du Docteur amoureux. Partageant la salle du Petit-Bourbon avec les Comédiens Italiens, la troupe entre dans l’ère des grands succès avec Les Précieuses Ridicules en 1659.

  1. Les querelles théâtrales

En 1662, L’Ecole des femmes, première des « grandes comédies » est un triomphe mais engendre une querelle retentissante. Les adversaires de Molière, représentants du rigorisme religieux et d’une morale austère, qualifient la pièce d’obscène. Molière se défend par l’ironie satirique en faisant jouer, en 1663, La Critique de l’Ecole des femmes et L’Impromptu de Versailles. En 1664, la première version de Tartuffe entraîne une querelle plus virulente encore, mené par le parti dévot : la reine mère obtient l’interdiction de la pièce jugée scandaleuse. Le public devra attendre cinq ans pour voir jouer une troisième version de Tartuffe, celle que nous connaissons aujourd’hui. Tout en bénéficiant de l’appui du roi, Molière fut probablement ébranlé par ces interdictions répétées.

  1. Dom Juan lié à la querelle de Tartuffe

Forcé de remplacer Tartuffe, Molière va courageusement contre-attaquer en écrivant Dom Juan dont la rédaction ne fut sans doute pas aussi rapide qu’on l’a souvent dit. Le personnage légendaire de Dom Juan est à la mode. S’il est avéré que Molière n’a pas eu connaissance de la pièce originelle de Tirso de Molina, il s’est en revanche inspiré de deux tragi-comédies portant un titre identique : Le Festin de Pierre ou le Fils criminel de Dorimond et Villiers. Or ces deux pièces avaient pour modèle la pièce de Molina.

  1. Les Comédies-ballets

Dans le cadre des commandes destinées à divertir le roi et la cour, Molière invente la comédie-ballet qui mêle le chant, la musique et la danse à l’action dramatique (Le Bourgeois gentilhomme, Le Malade Imaginaire)

  1. La mort de Molière

Véritablement malade quand il interprète le rôle-titre du Malade imaginaire, Molière est pris de malaise sur scène et meurt pendant qu’on le transporte à son domicile. L’intervention du roi permet qu’il soit enterré, de nuit, selon le rite chrétien, malgré l’interdiction de l’Eglise car Molière n’a pas eu le temps de se confesser ni de renier sa vie de comédien comme on l’exigeait alors.